Avocat divorce rennes - Fratries recomposées et Covid19

Fratries recomposées, devenir une vraie famille

Fratries recomposées, devenir une vraie famille

Catégorie : Avocat divorce rennes
Tisser une relation entre demi-frères ou « quasi-frères et sœurs » ne va pas forcément de soi.

Tout avait bien commencé. Quand les quatre enfants de Karine et Thibaud, nés de leurs unions précédentes, se sont rencontrés pour la première fois, lors de vacances en Corse, ils se sont de suite bien entendus. Les petits, un garçon de 10 ans et une fillette de 8 ans, faisaient d’interminables parties de cache-cache, tandis que les « grandes » de 13 ans se découvraient des goûts communs et se proclamaient vite « sœurs de cœur », bien loin du rebutant « quasi-sœurs », inventé par les sociologues pour désigner ces fratries n’ayant pas de lien biologique.

→ CONTEXTE. Le couple marié vivant avec ses enfants, un modèle minoritaire

Le vent a tourné quand la tribu a emménagé ensemble. La cohabitation entre les deux aînées, contraintes de partager la même chambre, est devenue orageuse : l’une, très ordonnée et soigneuse, se plaignait du bazar mis pendant son absence, l’autre de la lumière du téléphone portable qui l’empêchait de dormir… « On essaye de leur faire comprendre qu’elles doivent faire des efforts. Nous sommes moins centrés sur nos enfants que lorsqu’on les élevait en solo. C’est une bonne école de vie », assure Thibaud, attentif à ce qui rapproche la fratrie : « Ils ont à peu près le même âge, la même éducation, le même humour… Tout pour s’entendre en somme ! »

« Inventer un mode d’être ensemble »

Le titre du dernier livre de la psychologue Béatrice Copper-Royer, Et la famille recomposée ? Pas facile mais possible ! (1), résume bien le défi : « Ces nouvelles fratries à géométrie variable doivent inventer un mode d’être ensemble. Les enfants n’arrivent pas avec la même histoire et ont plus ou moins bien digéré la séparation. Ils ont des affinités ou pas, des âges concordants ou pas… » Sans oublier la pression des parents qui, dans leur nouvelle lune de miel, « ont tendance à idéaliser la situation et voudraient que tout ce joli monde, qui déboule de façon désordonnée, trouve très vite une harmonie. »

Le lien semble plus facile à nouer quand les enfants partagent le quotidien, grandissent ensemble, à condition qu’ils se sentent sur un pied d’égalité. « Certains peuvent éprouver de la jalousie quand leur père, qu’ils ne voient que le week-end, vit avec les enfants de sa nouvelle compagne et développe une plus grande proximité avec eux », observe Isabelle Marchand, qui anime depuis quinze ans à Rennes La Marmite des mots, un espace de parole réservé aux enfants de familles recomposées. Selon la psychologue, « on ne peut faire l’effort d’aller vers les autres que si l’on est sûr de ne pas perdre sa place dans le regard de ses parents. Il est nécessaire de les rassurer ».

Échiquier familial bouleversé

La tâche s’avère d’autant plus complexe que la recomposition bouleverse l’échiquier familial : un aîné se retrouve détrôné par l’arrivée d’un plus grand, un benjamin perd son statut de petit dernier… « Les changements sont parfois vécus de façon très positive », tempère Lisbeth von Benedek, psychanalyste, docteure en psychologie et auteure de Frères et sœurs pour toujours. L’empreinte de la fratrie sur nos relations adultes (2). Elle se souvient notamment du jeune Pierre, enfant unique propulsé, du jour au lendemain, l’aîné d’une fratrie : « Il s’est montré tout d’abord déstabilisé. Puis cette nouvelle situation l’a poussé à prendre des responsabilités, à se conduire en grand frère protecteur, à servir de modèle aux plus jeunes, à s’affirmer. »

→ GRAND FORMAT. Familles si diverses, cinq portraits

De même, certains enfants sont ravis d’hériter de compagnons de jeu de leur âge ou de frères et sœurs plus âgés qui lui font découvrir le monde ou le dorlotent. Pour que l’alchimie se produise, un temps d’apprivoisement mutuel est nécessaire et l’attitude des parents cruciale. « Il faut se garder d’intervenir à tout bout de champ et de prendre systématiquement parti pour sa couvée, même si c’est tentant », conseille Béatrice Copper-Royer. Et de rappeler : « Les enfants ne sont pas obligés de s’aimer mais de se respecter. » Le couple parental doit ainsi « s’accorder sur des règles communes, anticiper les problèmes et trouver un équilibre pour que ne se forment pas deux camps ».

La naissance d’un nouvel enfant, moment charnière

La psychanalyste Lisbeth von Benedek suggère, elle, aux adultes de « rester à l’écoute, de consacrer à chacun du temps individuel mais aussi de proposer des activités communes, comme le sport, le théâtre ou des jeux créatifs, pour trouver du plaisir à être ensemble ». La naissance d’un nouvel enfant contribue souvent à souder la famille et à fédérer la fratrie, même si elle réveille parfois des blessures enfouies. « Ma demi-sœur est née quand j’avais 13 ans, se souvient Amélie. Je l’ai tout de suite aimée mais cela signifiait que mes parents ne se remettraient jamais ensemble, que je faisais désormais “famille” avec mon beau-père et c’était douloureux. Je disais souvent : “J’adore ma petite sœur mais je déteste la fille de mon beau-père !” » À lire aussi « Les séries s’ouvrent à la diversité des couples »

L’arrivée du bébé est encore plus difficile à accepter lorsque les aînés, devenus adultes, sont eux-mêmes en âge d’avoir des enfants. « Je considérais que c’était mon tour », confie Lisa. La jeune femme est néanmoins « vite tombée sous le charme du nourrisson » et a réussi à tisser un lien avec son demi-frère car elle ne s’est pas « sentie évincée ou reléguée au second plan ».

Comme dans une fratrie classique, la qualité des relations dépend surtout des tempéraments et des centres d’intérêt de chacun. « Souvent les enfants ne font pas la différence entre vrais, demi- ou ”quasi-frères et sœurs” mais entre ceux avec qui ils partagent quelque chose, ceux sur lesquels ils peuvent compter… Cette complicité perdure parfois longtemps après leur départ de la maison », note Isabelle Marchand.

Parfois, en grandissant, des sentiments amoureux peuvent même émerger. « Si les adolescents se sont connus tardivement ou n’ont partagé que des week-ends, s’ils se considèrent davantage comme des copains que des frères et sœurs, ils pourraient se dire qu’il n’y a pas de problème puisqu’ils n’ont aucun lien biologique, remarque Lisbeth von Benedek. D’un point de vue légal, leur relation n’est d’ailleurs pas considérée comme incestueuse. Elle renvoie néanmoins à la transgression d’un tabou. » Interrogeant leur capacité à « faire famille », ces « histoires d’amour » obligent les adultes à poser de nécessaires limites.

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Les familles recomposées

La France comptait, en 2018, 728 000 familles recomposées (dans laquelle au moins un enfant n’est pas issu du couple).

Sur 14,1 millions d’enfants, 68 % vivent dans une famille dite « traditionnelle » (avec leurs deux parents), 21 % dans une famille monoparentale, et 11 % dans une famille recomposée.

Au sein de cette dernière catégorie, 7 % vivent avec un parent et un beau-parent et éventuellement des demi-frères ou sœurs ; 4 % avec leurs deux parents et des demi-frères ou sœurs.

Les familles recomposées – qui comptent en moyenne plus d’enfants que les familles traditionnelles – sont moins présentes dans les grands centres urbains, et les parents qui la composent sont moins diplômés et plus souvent en recherche d’emploi.

Source : étude de l’Insee n° 1788 publiée le 14 janvier.

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Une relation qui se construit pas à pas

« Leur ressemblance les rapproche »

Daphnée, 44 ans, mère de deux filles de 8 et 13 ans, une belle-fille de 21 ans

« Ma belle-fille Clara avait 8 ans quand ma première fille est née. Elles jouaient beaucoup ensemble, on formait une famille très unie. À l’adolescence, Clara a pris ses distances, agacée par la “chouchoute qui prenait toute la place”, alors qu’elle s’occupait beaucoup du nouveau bébé qu’elle surnommait “sa petite chérie”. Leur ressemblance, à la fois dans le physique et dans le caractère, les rapproche. Je ne me suis jamais mêlée de leurs histoires et, aujourd’hui, elles s’entendent toutes plutôt bien. Elles organisent même des goûters avec les autres demi-sœurs de Clara ! »

« Avec mes demi-sœurs, la relation est fragile »

Flore, 48 ans, un frère et deux demi-sœurs de 36 et 31 ans

« Je considère mes demi-sœurs comme mes sœurs. Nous avons grandi ensemble et ce préfixe ”demi” n’a aucun sens à mes yeux : nous sommes des personnes à part entière. Mais, comme nous avons des pères différents, nous n’avons pas reçu la même éducation et cela suscite parfois des incompréhensions entre nous. Plus jeune, j’avais du mal à adopter certaines croyances partagées par mes sœurs, je ne riais pas à certaines de leurs blagues et je me sentais souvent en décalage. Chaque famille a sa propre langue et je me sentais entre deux cultures. Aujourd’hui encore, j’ai des réactions face aux événements de la vie qui leur sont totalement étrangères. Pour construire une relation apaisée, on a dû apprendre à accepter nos différences comme une source d’enrichissement et non comme un fossé. Nous avons vécu différemment l’histoire familiale : il y a les enfants de la désunion et ceux de l’union. Je me sens plus proche de mon frère, qui a traversé les mêmes épreuves que moi et me comprend mieux. Mes demi-sœurs peuvent s’écharper entre elles puis se réconcilier, comme si leur lien était indestructible, mais avec nous, elles font plus attention : la relation est fragile. »

« J’ai appris à apprécier ma demi-sœur à l’âge adulte »

Mélanie, 42 ans, deux demi-sœurs de 53 et 57 ans

« J’ai vécu avec mes demi-sœurs jusqu’à l’âge de 8 ans. Elles s’occupaient souvent de moi : elles venaient me chercher à l’école, m’emmenaient au parc… J’étais hyper-admirative, presque en adoration devant elles, qui avaient le droit de sortir, de s’habiller comme elles voulaient. Quand mes parents ont déménagé, elles sont restées à Paris faire leurs études. J’ai l’impression qu’elles ont été un peu jalouses que j’aie notre père pour moi seule. À l’âge de 20 ans, à l’occasion d’un stage, j’ai habité trois mois avec l’aînée qui m’a accueillie à bras ouverts. C’est à ce moment-là que j’ai appris à la connaître et que l’on a vraiment pu construire un lien privilégié. Avec mon autre demi-sœur, la relation s’est dégradée au fil du temps. Elle est plus proche de moi en âge et m’a plusieurs fois emmenée en vacances quand j’étais adolescente. Mais l’hostilité qu’elle a nourrie à l’encontre de ma mère a empoisonné nos rapports. Aujourd’hui, nous ne nous voyons plus. »

Source : La croix du 8 Avril 2020

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