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Tuer le père – Portail Universitaire du droit

« Tuer le père » : sitôt prononcés, ces mots suscitent l’apparition d’Œdipe, figure centrale de l’imaginaire collectif, au carrefour du mythe, de la tragédie et de la psychanalyse. Le droit n’est pas en reste, car « tuer le père », c’est, dans la langue pénale, commettre un parricide. Or, cette incrimination est, à tous égards, extraordinaire. En raison de ce qu’elle protège d’abord : la famille, mais encore la Cité – comme le montrent les travaux de Yan Thomas sur le droit romain. En raison des peines fulminées ensuite, dont la dimension archaïque dans l’exemplarité frappe. Le Code pénal de 1810 prévoyait un cérémonial d’exécution singulier, le condamné à mort arrivant nu-pieds, la tête couverte d’un voile noir ; selon une pratique héritée du Moyen Age, il subissait l’exposition lors de la lecture de l’arrêt, son poing droit devant être tranché avant son exécution. Encore actuellement, le Code pénal aggrave les sanctions en cas d’homicide d’un ascendant.

De fait, derrière la notion de père se joue l’autorité des ascendants au sens large, au premier rang desquels la mère. Non moins saisissant que le meurtre du père se révèle celui de la mère, que Michel Foucault nous fait partager avec Moi Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère. « Tuer le père » revient ainsi à se couper de ses racines et, de manière aiguë, soulève le problème du lien entre l’accusé et sa victime et donc in fine celle de la sanction donnée à l’attachement postulé.

Au-delà, l’approche juridique ne saurait faire l’économie d’une réflexion relative à l’ordre symbolique comme à l’ordre politique. En témoigne historiquement la répression du régicide, crime assimilé au parricide jusqu’en 1832. Sous l’Ancien Régime, les supplices infligés à Ravaillac ou à Damiens, coupables de lèse-majesté, rappellent la gravité de leur acte en assignant leur corps et leur vie au néant. La condamnation de Louis XVI, de même, a pu être envisagée comme l’acte parricide par excellence au niveau de L’État, dont la portée dépasse largement la Révolution et même la France. En témoigne également, aujourd’hui encore, une expression devenue presque courante, mais qui conserve, au moins sur le plan métaphorique, une part de violence : « tuer le père ».

Aussi les représentations du parricide apparaissent-elles comme autant de reflets d’une réalité complexe tant d’un point de vue individuel que collectif. A cet égard, les comparaisons entre la France et d’autres pays seront les bienvenues, tant l’imaginaire du lecteur ou du spectateur demeure aujourd’hui animé par des œuvres comme Hamlet ou Les Frères Karamazov. Plus largement se pose la question de savoir comment ce crime « énorme », pour reprendre une formule ancienne, est représenté dans la littérature, les arts, les fictions télévisuelles ou cinématographiques. L’est-il seulement ou est-il occulté ? Est-il réel ou symbolique ? Ces caractères extraordinaires sont-ils mis en lumière ? Autant de questions, parmi d’autres, que la revue souhaite examiner.

 

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Les propositions de contributions, d’une longueur de 500 mots environ, doivent être envoyées, avant le 1er février 2021, à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

La remise des articles définitifs (50 000 signes maximum) doit avoir lieu au 15 juillet 2021.

 

 

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Direction scientifique : Nicolas Bareït & Damien Connil.

Comité scientifique : Olivier Cayla, Pascale Deumier, Nicolas Dissaux, Rafael Encinas de Munagorri, Nathalie Goedert, Wanda Mastor, Barbara Villez.

Comité de lecture : Marielle de Béchillon, Sophie Delbrel, Lisa Dumoulin, Joana Falxa, Dimitri Löhrer.



source : univ-droit.fr

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