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Violences conjugales, «il est interdit de sortir mais il n’est pas interdit de fuir»

VIOLENCES CONJUGALES

Le confinement contraint auteur et victime de violences conjugales à vivre
24 h/24 sous le même toit. Les associations craignent les conséquences de
cette situation et en appellent à la vigilance des voisins.

Les victimes de violences conjugales peuvent donner l’alerte aux associations, dans les pharmacies ou directement auprès des forces de
l’ordre. – Remi Wafflart

« D’ habitude, lorsqu’elles nous appellent, les femmes sont seules. Là, il
arrive qu’elles raccrochent au bout d’une minute », témoigne Virginie Virey,
directrice et juriste du Centre d’information des droits des femmes et
des familles (http://www.infofemmes.com/v2/p/Contact/cidff-delaube/
2272)(CIDFF) de l’Aube. « Il y a beaucoup moins d’appels parce
qu’elles sont confinées avec leur conjoint 24 h/24. C’est donc difficile
d’appeler », explique Annie Bédhet, présidente de Solidarité femmes
Aube. Depuis ce mercredi, le 114, à l’origine un numéro d’urgence pour les
personnes sourdes et malentendantes, est élargi à toutes les victimes
de violences qui ne peuvent pas sortir de chez elles, ni faire de bruit.
Un simple SMS permet de lancer l’alerte.

Où trouver de l’aide

  • Solidarité femmes Aube au 03 25 73 26 26. Ou via la page
    Facebook, Solidarité femmes Aube
  • Avim au 03 25 73 78 78.
  • CIDFF de l’Aube au 03 25 73 15 25 ou au 06 29 43 25 67 pour
    contacter un juriste. Mail : cidff-aube@gmail.com
    (mailto:cidff-aube@gmail.com)
  • Dans les pharmacies, qui transmettront l’alerte aux forces de
    l’ordre.
  • Au 114 par SMS.
  • Au 3919, numéro national d’écoute.

D’une trentaine d’appels par jour en moyenne, l’association auboise, qui
poursuit ses actions en télétravail (/id138322/article/2020-03-12/grevescoronavirus-
le-teletravail-de-plus-en-plus-plebiscite-par-lesentreprises),
est passée à seulement cinq ou six. Pourtant, les violences
ne sont pas moins nombreuses. Depuis le début du confinement
(/id142066/article/2020-03-28/coronavirus-emmanuel-macron-defendsa-
gestion-de-la-crise), les signalements de violences conjugales ont
augmenté au niveau national de 32 % en zone gendarmerie, et de 36 %
dans la zone de la préfecture de police de Paris, indique le ministère de
l’Intérieur.

« Ce que je redoute, c’est une emprise supplémentaires sur les victimes »
« Le stress et la promiscuité vont augmenter le passage à l’acte, estime
Annie Bédhet. Un auteur de violences, s’il n’a pas d’échappatoire au
bistrot, chez des copains ou autre, ça va clasher et ça va monter en
puissance. » La présidente de l’association rappelle aux femmes et aux
hommes victimes de violences au sein du couple qu’il « est interdit de
sortir mais il n’est pas interdit de fuir ».
« Tout le monde comprendra qu’elles puissent fuir pour trouver un
hébergement, confirme Sébastien Cancy, directeur de l’Association d’aide
aux victimes d’infractions pénales (Avim). Ce que je redoute, au-delà des
violences, c’est une emprise supplémentaire des auteurs sur leur victime.
Ils pourraient tourner le confinement à leur avantage. C’est un frein pour
des personnes qui étaient prêtes à partir, il faudra à nouveau travailler sur
la libération de la parole. »
Le directeur de l’Avim rappelle que le suivi est toujours assuré à distance,
malgré le confinement (/id139959/article/2020-03-18/coronavirus-nosreponses-
vos-questions-sur-les-deplacements-pendant-le)et que celuici
« n’empêche pas de déposer une plainte. Tout est maintenu », les
téléphones « grave danger » peuvent être mis en place si nécessaire. « Il
faut en parler, essayer de ne pas rester isolé, ne pas hésiter à solliciter les
forces de l’ordre », appuie Virginie Virey, sans oublier que « les enfants
sont en première ligne, même lorsque les violences ne sont pas en leur
direction ». « On craint le pire en matière de violences familiales et
intrafamiliales », reconnaît Annie Bédhet, qui redoute que
« malheureusement, on le saura sûrement trop tard ».

Depuis le début de l’année, 22 femmes sont mortes sous les coups de
leur conjoint en France, selon le collectif « Féminicides par compagnons
ou ex ».
« J’ai préféré fuir avec mes enfants… »
Nadine* est de celles qui ont souffert. Mariée à un homme violent,
mère de trois enfants, sans diplôme ni formation, elle n’a jamais
trouvé la force de mettre un terme à une vie de couple chaotique.
Depuis des mois, des années, elle a appris à vivre avec en protégeant
les siens. Couvrir les traces pour ne pas être jugée, pour ne pas être
montrée du doigt, pour ne pas avoir à infliger la vie en foyer pour
ses enfants. « Je n’ai pas su dire non au tout début. Comme pour
les autres, mon cas est tragiquement simple. Une première gifle et
des coups qui deviennent plus réguliers mais jamais portés devant
nos enfants. » Et puis un témoignage tombe entre les bonnes mains.
Une fois de plus, une fois de trop, Nadine s’est cognée et l’une de ses
amies a donné l’alerte. Son compagnon est condamné à dix-huit
mois de prison avec sursis et, contre toute attente, Nadine accepte
de lui ouvrir la porte. « Ce n’est pas un homme mauvais, son
parcours de vie couplé à l’alcool a fait de lui un écorché vif. »
Mais ces dernières semaines, cette mère de famille a fait un choix. «
Je n’imaginais pas vivre confinée avec les enfants dans notre
appartement sans balcon ni jardin. Je suis persuadée qu’il aurait
fini par céder à la violence devant les enfants et pour moi, c’était
inimaginable. » Nadine choisit son lieu de confinement dans sa
famille, à l’abri. « Depuis la condamnation, personne n’ignore plus
nos difficultés et j’ai pu être accueillie facilement auprès des miens,
ceux à qui je ne m’étais jamais confiée… » soupire cette femme
perdue. « Pour les enfants, c’est un peu déstabilisant. Ils n’y
peuvent rien et sont pourtant contraints de quitter leur
environnement mais je sais que le père n’aurait jamais pris la
décision de partir. Alors, j’ai préféré fuir… » Pour revenir ? « Je ne
sais pas. C’est un bon père, c’est donc difficile pour moi d’imaginer

une rupture. Mais malgré les efforts qu’il a pu mettre en place, je
connais cette fragilité qui ne se réglera pas tant qu’il n’acceptera
pas d’être aidé. »
Céline Tillier

  • L’identité de la victime a été modifiée afin de garantir son anonymat.

Les pharmacies pour donner l’alerte
Le gouvernement a sollicité les pharmaciens (/id142926/article/2020-04-
02/buralistes-pharmaciens-restez-vigilants)pour être des relais des
personnes battues, et donner l’alerte. Si le conjoint violent est présent,
elles peuvent utiliser un code, par exemple « masque 19 ». Annie Bédhet
rappelle aussi le rôle essentiel des voisins : « S’il y a du bruit, il ne faut
pas se dire que c’est une affaire privée, c’est vital, surtout en ce moment, il
n’y a que les voisins qui peuvent entendre et appeler la police. »
«Pas une vraie incidence»
« La question de l’attestation ne se pose même pas dès lors qu’il y a
danger » : interrogé, le commissaire Daubigny ne saurait être plus
clair. Les victimes de violences au sein du foyer doivent fuir et
peuvent se réfugier au sein des pharmacies (voir ci-dessous). Mais
comme l’a rappelé le préfet la semaine dernière, les violences faites
aux femmes n’ont pas augmenté en secteur rural. En zone police, le
commissaire réfute un accroissement significatif. « Le confinement
n’a pas eu une grande incidence. Nous avons eu trois cas mais ce
n’est pas beaucoup plus que d’habitude. » La vigilance, elle, s’est
accrue. « Les instructions nous ont été rappelées par le ministre
mais aussi le procureur, nous sommes très vigilants et poursuivons
notre travail avec notre intervenante sociale. » Sollicitée à cet égard,
la préfecture n’a pas souhaité communiquer.

Source : l’est éclair.

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